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DERMATOSE
BULLEUSE DE
L’ADULTE
Une dermatose bulleuse nécessite un diagnostic
rapide, reposant sur une analyse sémiologique simple, complétée
d'un interrogatoire précis et de quelques examens complémentaires.
Le pronostic vital est parfois mis en jeu. Une hospitalisation est souvent
nécessaire pour un bilan étiologique et la mise en route
du traitement.
A - DIAGNOSTIC
POSITIF
- Les bulles sont des collections liquidiennes claires ou hémorragiques
dont la taille est supérieure à 3-4 mm.
1. Sur la peau
- Les bulles sont parfois fugaces ; il faut savoir les reconnaître
devant des lésions érosives ou croûteuses de contours
arrondis, volontiers bordées par une collerette épidermique.
- Ailleurs, il s'agit de vastes décollements épidermiques,
spontanés ou provoqués.
- Les bulles peuvent être surinfectées, se présentant
alors comme de larges collections purulentes.
- Le signe de Nikolsky, décollement provoqué par le frottement
cutané en peau saine, oriente vers une dermatose bulleuse intra-épidermique
(pemphigus, syndrome de Lyell).
2. Sur les muqueuses
- Les bulles sont éphémères et doivent être
reconnues devant des lésions érosives, volontiers surinfectées
(odeur fétide de la bouche).
B - DIAGNOSTIC
DIFFERENTIEL
- Les bulles sont différentes :
- des vésicules, de taille plus petite < 3 mm,
- des pustules, à contenu d'emblée purulent,
- des érosions et ulcérations non bulleuses : souvent
uniques, sans décollement épidermique périphérique
(chancre syphilitique, érosion traumatique),
- des aphtes : ulcérations douloureuses "beurre frais" entourées
d'une auréole inflammatoire.
C - PRINCIPAUX
CRITERES D'ORIENTATION
1. Interrogatoire
- Il doit préciser les faits suivants :
- antécédents familiaux (dermatoses bulleuses congénitales)
et pathologiques (diabète, insuffisance rénale, insuffisance
cardiaque),
- âge du patient (un début après 70 ans est
en faveur d'une pemphigoïde bulleuse),
- prises médicamenteuses avec leur chronologie (toxidermie),
- signes fonctionnels (prurit prodromique d'une pemphigoïde
bulleuse, douleurs),
- facteurs déclenchants (exposition solaire ...),
- alcoolisme chronique, hépatopathie (porphyrie cutanée
tardive),
- infections concomitantes (VIH, herpès, impétigo),
- grossesse.
2. Examen clinique
- Il apprécie le retentissement de la dermatose :
- nombre de bulles (comptage quotidien à noter sur la pancarte),
- surinfection : aspect purulent, fièvre, voire syndrome
septicémique,
- déshydratation : hypotension artérielle, soif, pouls
rapide, pli cutané,
- dénutrition : amaigrissement, amyotrophie,
- atteinte muqueuse : bouche (difficulté d'alimentation),
oeil (pronostic fonctionnel).
- Il précise les principaux éléments d'orientation
étiologique :
- taille des bulles (grosses bulles de la pemphigoïde bulleuse),
- survenue en peau saine (pemphigus) ou érythémateuse
(pemphigoïde bulleuse),
- présence d'un signe de Nikolsky avec bulles fragiles (dermatose
bulleuse intra-dermique) ou au contraire absence de Nikolsky et
bulles solides (dermatose bulleuse sous épidermique),
- topographie : début au cuir chevelu et à la sertissure
des ongles (pemphigus), face de flexion des membres (pemphigoïde
bulleuse), prédominance périorificielle (impétigo),
dos des mains (porphyrie cutanée tardive),
- atteinte muqueuse : pemphigus, syndrome de Lyell,
- type sémiologique : aspect en linge mouillé (syndrome
de Lyell), cocarde (érythème polymorphe),
- signes cutanés associés : cicatrices, grains de
milium (épidermolyse bulleuse acquise).
3. Examens complémentaires
a) Certains examens complémentaires ont
une valeur d'orientation
- une NFS : hyperéosinophilie d'une pemphigoïde bulleuse,
- un cytodiagnostic de Tzanck réalisé par raclage
du fond d'une bulle avec étalement sur lame puis coloration
au MGG : cellules acantholytiques d'un pemphigus,
- une biopsie d'une bulle récente prélevée
dans sa totalité pour l'examen histologique,
- une immunofluorescence directe par biopsie d'une zone péri-bulleuse,
- une immunofluorescence indirecte : anticorps anti-peau.
- dans les cas difficiles pourront être effectués :
- une immunofluorescence directe sur peau clivée par NaCl
molaire permettant de préciser une fixation épidermique
ou dermique (épidermolyse bulleuse acquise) des immunoglobulines
dans la peau,
- une immunomicroscopie électronique (siège des dépôts
et du niveau de clivage),
- une technique d'immunotransfert (Western-Blot) sur extrait dermique
ou épidermique (antigènes cibles des auto-anticorps).
b) D'autres examens précisent le retentissement
de la dermatose
- l'appréciation d'un éventuel déséquilibre
hydroélectrolytique (ionogramme sanguin, urée),
- l'importance d'une dénutrition (albumine, protidémie,
urée),
- la recherche d'un état septique éventuel (bactériologie
du contenu d'une bulle en cas de surinfection, hémocultures
si fièvre),
- un bilan biologique standard,
- la recherche d'une pathologie susceptible de se décompenser
ou de compliquer une éventuelle corticothérapie générale
(diabète, anguillulose, HTA, ...).
D - DIAGNOSTIC
ETIOLOGIQUE
- Les étiologies des dermatoses bulleuses sont très nombreuses.
Cependant, quatre étiologies doivent être individualisées
en raison de leur fréquence et/ou de leur gravité : pemphigoïde
bulleuse, pemphigus, érythème polymorphe, syndrome de
Lyell (cf. tableau I).
1. Pemphigoïde bulleuse
a) Clinique
- elle touche avec prédilection le sujet de plus de 70 ans.
Elle peut être précédée de plusieurs
semaines d'un prurit, voire de lésions urticariennes ou
eczématiformes,
- l'éruption est polymorphe, avec des bulles tendues, de taille
variable, apparaissant sur les placards érythémateux
et/ou urticariens, parfois eczématisés. Les lésions
sont symétriques, prédominant au tronc et aux plis de
flexion. Les lésions muqueuses sont inconstantes mais rares.

Pemphigoïde bulleuse
b) Les examens complémentaires
- la NFS montre très fréquemment une hyperéosinophilie,
- le cytodiagnostic, en règle inutile, trouverait des
polynucléaires éosinophiles,
- l'examen histologique montre une bulle sous épidermique
dont le toit est constitué par l'épiderme intact, souvent
rempli de polynucléaires éosinophiles,
- l'immunoflurorescence cutanée directe révèle
la présence de dépôts linéaires homogènes
de C3 et/ou d'immunoglobulines (IgG) dans la zone de la membrane basale,
- l'immunofluorescence indirecte montre inconstamment des anticorps
circulants anti-membrane basale (dont le taux n'a pas de valeur pronostique),
- en cas de problème diagnostique, on pourra éventuellement
réaliser :
- une immunofluorescence indirecte sur peau clivée par
NaCl molaire qui montre une fixation des anticorps sur le versant
épidermique de la membrane basale,
- une immunomicroscopie électronique qui montre des dépôts
de complément et d'immunoglobulines dans la lamina lucida,
- un immunotransfert, dont l'intérêt également
physiopathologique, permet de mettre en évidence la réactivité
des anticorps vis à vis des antigènes de la pemphigoïde
bulleuse de poids moléculaire 230 et 180 Kilodaltons, antigènes
situés sur les hémidesmosomes.

Pemphigoïde bulleuse : immunofluorescence directe :
dépôt de complexes immuns linéaires limités
à la jonction dermo-épidermique.
c) Evolution, traitement, pronostic
- l'évolution spontanée est chronique et grave
: déperditions protidique et hydroélectrolytique, surinfections,
- le traitement d'attaque repose dans les formes classiques
sur la corticothérapie générale (1 mg/kg/j
de prednisone), dont l'efficacité est évaluée
sur le comptage quotidien des bulles. Dans les formes mineures ou
pour éviter les effets systémiques graves de la corticothérapie
générale, on peut utiliser les corticoïdes locaux
plus ou moins associés à la dapsone. Dans les formes
résistantes ou particulièrement sévères,
la posologie de la prednisone est augmentée. Parfois, des immunosuppresseurs
et/ou des échanges plasmatiques sont associés.
TABLEAU
I - CARACTERISTIQUES DES PRINCIPALES MALADIES BULLEUSES
|
Pemphigoïde
bulleuse
|
Pemphigus
|
Erythème
polymorphe
|
Syndrome deLyell
|
|
CARACTERISTIQUES CLINIQUES
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Terrain
|
Sujet > 70 ans
|
Sujet > 50 ans
|
Sujet jeune
|
Plus fréquent si immuno-
déprimé (greffé de moelle, VIH), médicaments
+++
|
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Etiologie
|
Auto-immune
|
Auto-immune
|
Post-infectieux (mycoplasme,
herpès) médicaments
|
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|
Caractéristiques des
bulles
|
Tendues sur placards érythémateux
et/ou urticariens
|
Flasques, peau saine, Nikolsky +
|
Cocardes, lésions érythématopapuleuses
|
Décollement en linge mouillé,
mise à nu du derme, Nikolsky +,
|
|
Signes fonctionnels
|
Prurit
|
Douleur
|
|
Douleur
|
|
Atteinte muqueuse
|
Rare
|
+++ parfois isolée ou révélatrice
|
Possible
|
+++ (oeil, oropharynx...)
|
|
Signes associés
|
/
|
Atteinte de l'état général
|
Atteinte état général,
pneumopathie
|
A.E.G. Atteinte viscérale
...
|
|
CARACTERISTIQUES CYTOLOGIQUES,
ANATOMOPATHOLOGIQUES ET IMMUNOLOGIQUES
|
|
Cytodiagnostic
|
Eosinophiles
|
Acantholyse
|
|
|
|
Siège des bulles
|
Sous-épidermique
|
Intra-épidermique
|
Sous-épidermique
|
Intra et sous-épidermique
|
|
Autres signes histologiques
|
/
|
Kératinocytes acantholytiques
|
Nécrose épidermique
Oedème dermique
|
Nécrose épidermique
|
|
Immunofluorescence directe
|
C3 et IgG linéaire sur
membrane basale
|
Fixation d'IgG en résille
ou en maille de filet
|
|
|
|
Immunofluorescence indirecte
|
Anticorps antimembrane
basale
|
Anticorps antimembrane des
kératinocytes
|
/
|
/
|
|
TRAITEMENT
|
Corticoïdes
Soins locaux
Traitement
symptomatique
|
Corticoïdes
+/-immunodépresseurs Soins
locaux Traitement symptomatique
|
Traitement symptomatique
Soins locaux
Traitement étiologique si
nécessaire
|
Traitement symptoma-tique
+++
Corticoïdes interdits
|
- le pronostic est aujourd'hui dominé par les complications
de la corticothérapie générale chez ces sujets
souvent âgés.
d) Citons simplement deux dermatoses bulleuses
auto-immunes de la jonction dermo-épidermique, proches de la
pemphigoïde bulleuse
- la pemphigoïde gestationnelle, survenant chez la femme
enceinte (le plus souvent à partir du 2ème trimestre
et généralement lors d’une seconde grossesse avec le
même père), où la topographie péri-ombilicale
des lésions est évocatrice,
- la pemphigoïde cicatricielle, caractérisée
par la fréquence de l'atteinte muqueuse (oeil +++) et l'évolution
cicatricielle.
2. Pemphigus
a) Clinique
- le pemphigus vulgaire touche plus particulièrement les sujets
de plus de 50 ans mais peut être observé à tout
âge. Plus fréquent chez les sujets d'origine juive ou
méditerranéenne, il peut survenir dans toutes les ethnies
;
- le pemphigus vulgaire débute souvent par une atteinte muqueuse
isolée, avant tout buccale mais parfois génitale (vulve).
Les localisations cutanées initiales sont particulièrement
le cuir chevelu, la sertissure des ongles, l'ombilic. L'atteinte peut
être diffuse à tout le tégument. Les bulles cutanées
sont flasques et apparaissent en peau saine. Ces bulles ne sont pas
précédées d'un prurit et évoluent par
poussées successives. Le frottement appuyé de la peau
saine reproduit le décollement (signe de Nikolsky). Les érosions
cutanéo-muqueuses secondaires aux bulles sont douloureuses.
Il existe fréquemment une altération de l'état
général ;
- formes cliniques :
- pemphigus induit par des médicaments comprenant des radicaux
thiols (D-pénicillamine, pyritinol, captopril...), volontiers
superficiels,
- pemphigus séborrhéique avec aspect érythémato-croûteux
des zones séborrhéiques du visage et du tronc,
- pemphigus paranéoplasique, exceptionnel, surtout associé
à des hémopathies lymphoïdes.
b) Examens complémentaires
- le cytodiagnostic montre une acantholyse : perte de cohérence
entre les cellules épidermiques responsables de kératinocytes
"flottants" sur le frottis,
- la biopsie cutanée montre le siège intra-épidermique
de la bulle bordée par des cellules acantholytiques,

Pemphigus : clivage intra-épidermique sur la biopsie cutanée.
- l'immunofluorescence cutanée directe de la peau saine
révèle une fixation anticorps (IgG surtout) en résille
ou en maille de filet,

Pemphigus : immunofluorescence directe :
dépôt de complexes immuns sur toute la hauteur de l'épiderme.
- l'immunofluorescence indirecte met en évidence des
anticorps circulants (anciennement appelés anticorps anti-substance
intercellulaire) réagissant avec les membranes des kératinocytes
(protéines d'adhésion des desmosomes, de 130 et 85 KD).
Le taux sérique de ces anticorps est parallèle à
l'évolutivité de la maladie.
c) Evolution, traitement, pronostic
- l'évolution spontanée est chronique et grave
: déperditions protidique et hydroélec-trolytique, surinfection,
gène majeure à l'alimentation en cas d'atteinte muqueuse
;
- le traitement repose sur la corticothérapie générale
(1,5 mg/kg/j de prednisone). La surveillance de l'efficacité
thérapeutique repose surtout sur le comptage quotidien des
bulles, la surface cutanée atteinte et l'évolution du
taux des anticorps. Les formes graves nécessitent une augmentation
de la posologie des corticoïdes, si nécessaire administrés
en bolus, plus ou moins associés à des immunosuppresseurs
et/ou des échanges plasmatiques ;
- le pronostic est dominé par les complications de la
corticothérapie générale.
3. Erythème polymorphe
a) Clinique
- les adolescents et les adultes jeunes sont préférentiellement
touchés. L'éruption est faite d'éléments
maculo-papuleux, oedémateux et érythémateux,
s'étendant pour réaliser l'aspect caractéristique
en cercle ou en cocarde avec un centre plus foncé, parfois
purpurique, et un anneau périphérique. Des formes vésiculo-bulleuses
sont possibles. Chaque élément à une évolution
centrifuge et disparaît en une dizaine de jours. La topographie
de l'éruption est typiquement bilatérale et symétrique
au niveau de la face d'extension des membres (dos des mains, coudes,
genoux). L'atteinte palmo-plantaire est aussi très évocatrice
;
- les muqueuses sont fréquemment atteintes avec présence
d'érosions polycycliques douloureuses, prédominant dans
la bouche sur la partie antérieure (atteinte des lèvres).
Des formes muqueuses pures sont possibles ;
- il existe parfois des signes généraux : altération
de l'état général, fièvre, arthralgies,
voire pneumopathie ;
- chaque poussée dure 2 à 4 semaines avec apparition
régulière d'éléments nouveaux. Les récidives
sont possibles.
b) Examens complémentaires
- le diagnostic est avant tout clinique. Il peut être confirmé
par l'histologie qui montre un oedème dermique avec nécrose
épidermique, parfois associée à une bulle sous
épidermique. L'immunofluorescence directe et indirecte est
négative.
c) Facteurs déclenchants
- les facteurs déclenchants sont nombreux :
- infectieux : herpès, mycoplasme, chlamydiae...,
- médicamenteux : sulfamides anti-bactériens, anti-inflammatoires
non stéroïdiens, anticomitiaux...,
- très souvent aucune cause déclenchante n'est mise
en évidence.
d) Traitement
- il est avant tout symptomatique (cf. E). Il faut bien entendu arrêter
un éventuel médicament inducteur ou prescrire un traitement
anti-infectieux si nécessaire (érythromycine en cas de
pneumopathie atypique associée).
4. Toxidermie bulleuse (cf. question spécifique)
a) Définition
- les toxidermies bulleuses sont des dermatoses bulleuses secondaires
à une prise de certains médicaments.
- il n'existe pas de test précisant à coup sûr
la responsabilité d'un médicament dans une dermatose.
Le lien entre médicament et dermatose repose sur l'établissement
d'un score ou critère d'imputabilité :
- l'imputabilité intrinsèque est sémiologique
(dermatose évocatrice d'une toxidermie) et chronologique
(délai compatible entre la prise du médicament et
la survenue de la toxidermie, typiquement 7 à 21 jours après
la prise),
- l'imputabilité extrinsèque analyse les cas similaires
publiés dans la littérature médicale.
b) Clinique
- les tableaux cliniques sont nombreux, de gravité variable
:
- érythème polymorphe (EP, traité plus
haut) dont deux grands tableaux sont décrits : EP limité
et cutané pur, et EP majeur avec atteinte muqueuse invalidante
(ectodermose érosive pluriorificielle ou syndrome de Stevens-Johnson)
et lésions érythémato-purpuriques plus ou moins
bulleuses. Ces ectodermoses peuvent constituer des formes de transition
avec le syndrome de Lyell ;
- les formes muqueuses pures sont possibles ;
- syndrome de Lyell ou nécrolyse épidermique toxique.
Il s'agit d'une urgence dermatologique. Le début est habituellement
brutal. Un érythème rouge sombre généralisé
douloureux précède les vastes décollements
cutanés donnant l'aspect d'un ébouillanté,
en linge mouillé, aboutissant à de larges mises
à nu du derme. Il existe un signe de Nikolsky. L'ensemble
du tégument peut être atteint. Une atteinte muqueuse
est également associée (oro-pharynx et yeux +++).
Des manifestations viscérales sont possibles. Les principaux
médicaments inducteurs sont les sulfamides anti-bactériens,
les anticomitiaux, les AINS. La déclaration au Centre
de Pharmacovigilance est indispensable. Le syndrome de Lyell est
plus fréquent sur certains terrains (greffés de
moelle, SIDA). Le pronostic sévère de la maladie
(30 % de mortalité) est dû aux pertes hydroélectrolytiques,
à la dénutrition et à la surinfection. Le pronostic
fonctionnel est mis en jeu en cas d'atteinte oculaire. Le traitement
est purement symptomatique (remplissage et antisepsie +++), en centre
spécialisé. Le médicament inducteur est arrêté,
les soins OPH sont débutés. La corticothérapie
générale est contre-indiquée. Un lit fluidisé
est parfois utile ;
- accidents de photosensibilisation : les lésions,
parfois bulleuses, apparaissent préférentiellement
sur les zones photo-exposées. Les médicaments inducteurs
sont : tétracyclines, quinolones, phénothiazines,
sulfamides. Le pronostic est en règle bénin après
leur arrêt ;
- érythème pigmenté fixe : il s'agit
du seul tableau clinique spécifique d'une toxidermie. Il
réalise une lésion circonscrite, unique ou multiple,
touchant avec prédilection les mains, les poignets, les muqueuses,
en particulier génitales. La lésion élémentaire
est un érythème suivi d'une papule oedémateuse
violacée puis d'une bulle à liquide clair. Celle-ci
disparaît en quelques jours en laissant une pigmentation homogène
L'érythème pigmenté fixe apparaît dans
les 48 heures qui suivent la prise médicamenteuse, récidivant
dans les mêmes zones avec généralisation secondaire
possible. Les médicaments responsables sont la phénolphtaléine,
les barbituriques, les sulfamides ;
- les toxidermies induites par l'iode ou le brome peuvent
prendre un aspect bulleux et sont à la limite du diagnostic
différentiel.
c) Examens complémentaires
- les toxidermies bulleuses nécessitent un bilan complet, en
particulier histologique. Le syndrome de Lyell est caractérisé
par une nécrose massive de la totalité de l'épiderme.
5. Causes diverses
a) L'impétigo et l'épidermolyse
staphylococcique
- l'impétigo est caractérisé par des bulles
claires intra-épidermiques sous cornées, superficielles,
de topographie périorificielle chez l'enfant ou compliquant
une dermatose (eczéma, pédiculose, gale). Les lésions
évoluent vers la formation de croûtes mélicériques.
L'étiologie est streptococcique et/ou staphylococcique. La
maladie est contagieuse ;
- l'épidermolyse staphylococcique est une urgence dermatologique.
Elle correspond à un décollement intra-épidermique
très superficiel, généralisé, habituellement
sans atteinte muqueuse. Cette épidermolyse apparaît chez
l'enfant (ou plus rarement chez l'adulte, alors immunodéprimé
et/ou insuffisant rénal chronique) présentant un foyer
à staphylocoque producteur d'une toxine exfoliante. L'antibiothérapie
par voie générale permet une guérison sans séquelle
;
- la survenue de ces dermatoses en collectivité (crèche...)
nécessite une enquête épidémiologique à
la recherche des porteurs de germe.
b) Porphyrie cutanée tardive
- il s'agit d'une maladie bulleuse, secondaire à un déficit
enzymatique intervenant dans la synthèse de l'hème,
avec accumulation de certaines porphyrines photo-sensibilisantes.
Un terrain prédisposant est souvent retrouvé (antécédents
familiaux, hépatopathies alcooliques, infections VHC ou VIH).
Elle se manifeste par des bulles survenant sur les régions
photo-exposées (dos des mains ...). Les autres manifestations
sont une fragilité cutanée, des microkystes dans les
zones photo-exposées, une hypertrichose et des troubles pigmentaires
dans la région temporo-malaire ;
- l'histologie avec immunofluorescence directe permet d'éliminer
les autres dermatoses bulleuses. Le diagnostic est affirmé
sur le dosage des porphyrines sanguines, urinaires et fécales.
Le traitement repose sur les saignées ou les antipaludéens
de synthèse à faible dose. Une prise en charge afin
d'arrêter l'intoxication alcoolique est prescrite si besoin.
c) Dermatite herpétiforme
- il s'agit d'une dermatose bulleuse de la jonction dermo-épidermique.
Le tableau clinique est caractérisé par de petites bulles
ou vésiculobulles, à groupement annulaire, sur des placards
érythémato-papuleux. Des aspects trompeurs sont fréquents,
de type eczématiforme. La topographie symétrique des
lésions est évocatrice (convexités). Le prurit
est habituel ;
- l'histologie montre une bulle sous épidermique, formée
par la confluence de microabcès à polynucléaires
neutrophiles retrouvés au sommet des papilles dermiques. L'immunofluorescence
cutanée directe révèle la présence de
dépôts granuleux d'IgA au sommet des papilles
dermiques. Il existe fréquemment une entéropathie au
gluten, latente cliniquement, mise en évidence par l'atrophie
villositaire sur la biopsie jéjunale systématique ;
- les groupes HLA B8 et DR3 sont fréquemment associés
à la maladie ;
- le traitement repose sur les sulfones ou éventuellement
les sulfamides. Un régime sans gluten est souvent associé.
d) Epidermolyse bulleuse acquise
- il s'agit d'une dermatose bulleuse de la jonction dermo-épidermique.
Le tableau clinique est proche de la pemphigoïde bulleuse
mais s'en différencie par la fréquence des atteintes
muqueuses et la survenue de cicatrices et de grains de milium. L'épidermolyse
bulleuse acquise est isolée ou associée à d'autres
maladies (Crohn) ;
- la clinique, l'histologie et l'immunofluorescence directe étant
souvent proches de la pemphigoïde bulleuse, le diagnostic précis
de l'affection repose sur des techniques sophistiquées (immunofluorescence
indirecte sur peau clivée par NaCl molaire, immunomicroscopie
électronique, immunotransfert). L'antigène de l'épidermolyse
bulleuse acquise est situé sous la lamina densa (collagène
VII) ;
- le traitement est mal codifié (corticoïdes, immunodépresseurs,
dapsone).
e) Bulles de cause externe
- elles sont le plus souvent localisées, de diagnostic facile
à l'interrogatoire,
- les étiologies en sont variées :
- produits caustiques,
- végétales : dermite des prés liée
à l'action photo-sensibilisante de certaines herbes,
- piqûres d'insectes,
- physiques : brûlures solaires ou thermiques, radiodermite
aiguë, facteurs mécaniques (ampoules).
f) Epidermolyses bulleuses congénitales
- elles sont très rares. Elles se révèlent le
plus souvent à la naissance ou dans les premières semaines
de vie. Le pronostic est rarement léthal, le plus souvent fonctionnel
(cicatrices dystrophiques majeures au niveau des mains et des pieds)
;
- le meilleur traitement est préventif : diagnostic anténatal
dans les familles à risque.
E - PRINCIPES
THERAPEUTIQUES GENERAUX
- Les dermatoses bulleuses nécessitent une prise en charge dermatologique
rapide pour rechercher une étiologie précise et mettre
en place le traitement symptomatique (commun à toutes les dermatoses
bulleuses) :
- hospitalisation, si nécessaire en urgence,
- antisepsie cutanée : bain de chlorexidine, découpage
stérile des bulles puis assèchement par une solution
aqueuse de nitrate d'argent à 0,5 ou 1 %. En cas de surinfection
importante, une antibiothérapie générale est
prescrit,
- réhydratation avec correction des troubles hydroélectrolytiques.
(Eviter de poser une voie veineuse sur peau lésée),
- régime hyperprotidique, si nécessaire par sonde
gastrique,
- contrôle des pathologies associées : diabète,
insuffisance cardiaque, ulcères gastro-duodénaux,
- bilan pré-thérapeutique (corticothérapie
générale).
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POINTS
FORTS
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- La biopsie avec immunofluorescence
directe est indispensable au diagnostic.
- Les atteintes auto-immunes
sont dominées par la pemphigoïde bulleuse.
- Les toxidermies sont
surtout représentées par l’érythème
polymorphe.
- Le syndrome de Lyell
est une grande urgence diagnostique et nécessite une prise
en charge rapide dans un centre spécialisé.
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